À huis-clos

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Situé Porte de Clichy à Paris, le Palais de Justice est bien loin de l’image que l’on peut se faire de ce genre de lieu.

Bâtiment à l’architecture moderne, lumineux grâce à d’immenses baies vitrées, et un agencement intérieur qui arrive à faire oublier les dimensions pourtant titanesques du complexe, le Palais de Justice s’impose dans l’environnement.
L’atmosphère y est feutrée, les avocats discutent entre eux ou avec leur client à voix basse. L’on sent peser le poids de l’institution judiciaire et de son histoire, l’on imagine à peine les millions de feuilles de procès-verbaux soigneusement classées aux archives. Les audiences de correctionnelles se déroulent au sixième étage.

Tribunal de Paris, Porte de Clichy

Dans la salle numéro 601, les affaires se suivent mais ne se ressemblent pas.

Justice inflexible

Monsieur A. est convoqué devant la justice pour avoir refuser de s’arrêter à un contrôle de police, alors qu’il circulait sur une trottinette électrique. L’accusé, la trentaine et de carrure sportive, semble confiant et décidé à faire entendre sa version des faits lorsqu’il entre dans le box.

La présidente commence par exposer les faits reprochés : le prévenu aurait été vu par une patrouille en train de procéder à un échange de « mains à mains » en pleine rue, avant s’en aller à bord de son véhicule. Refusant ouvertement d’obéir aux injonctions (« Sur la vie de ma mère que je ne m’arrête pas » aurait-il lancé dans sa fuite selon les forces de l’ordre), il aurait percuté la voiture de police pour tenter de prendre la fuite. Rattrapé environ 3 kilomètres plus loin, la police découvre lors du contrôle qu’il est sous l’emprise de la cocaïne et du cannabis, ainsi que 13,4 grammes de cocaïne dissimulés. Il a déjà écopé, en 2012, de 50.000€ d’amende pour trafic de stupéfiants.
C’est au tour de l’accusé de se défendre.
Il explique que lorsque la patrouille de police s’est placée derrière lui avec le gyrophare, il a simplement cru que les fonctionnaires voulaient passer sur la voie de bus. Après s’être décalé et constatant toujours la voiture derrière lui, il a pris peur puisqu’il n’a pas d’assurance sur sa trottinette. Il admet donc le refus d’obtempérer mais rejette fermement les accusations en lien avec les stupéfiants.
L’accusé déclare également avoir désormais du travail et qu’il aimerait être dans la fonction publique, impossible avec son casier.
La réquisition de la procureure, une femme à l’air pincé et une voix posée mais dure, est implacable. 20 mois de prison dont 10 fermes, une suspension de permis de conduire de dix mois, une obligation de soin ainsi qu’une mise à l’épreuve durant trois ans.
La plaidoirie de la défense fait néanmoins annuler la suspension de permis de conduire et obtient la conversion de la peine de prison ferme en travaux d’intérêt général. En effet, plusieurs incohérences dans les déclarations des agents ont jeté un doute sur le jury.
La séance se lève alors sur une certitude : La justice reste impartiale et inflexible de tous temps, qu’importe la modernité des bâtiments qui la représente…

Arnaud PREVOST

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